Quand on est infertile on apprend petit à petit à faire le « deuil » de l’enfant biologique.
La question de la différence entre l’enfant biologique et l’enfant naturel, se pose ainsi souvent dans le cadre des procédures
d’agreement.
Aujourd’hui je suis à un tournant de ma vie.
Je savais depuis quelques années que ça serait très difficile de tomber enceinte pour moi.
Ca, ça fait partie des choses que j’ai réussi à appréhender, j’ai assimilé cet état d’infertilité, je l’ai digéré.
Mais j’espérais toujours que la PMA serait la solution à nos problèmes (je l’espérais mais j’étais réaliste et je savais que ça
pouvait ne pas marcher)
A mi parcours, après avoir essuyé que des échecs, après n’avoir jamais eu d’accroche, je réalise que je ne serais peut être jamais
enceinte de ma vie.
Et ça c’est une autre chose à assimiler.
Pas si simple.
Il faut se préparer petit à petit à ce que l’issue ne soit pas celle que l’on a espérer.
Certes j’ai toujours su que j’étais prête à adopter.
J’ai toujours su que j’étais capable d’apporter autant d’amour et de bonheur à un enfant adopté qu’à un enfant biologique.
Mais avec la porte de la fertilité qui se referme tous les jours un peu plus je réalise qu’il faut que je fasse le deuil de tout plein
de petites choses, …
Des choses infimes, des détails du quotidien, des rêves de jeunes filles (car c’est en laissant complètement derrière moi tous ces
regrets que je serais parfaitement prête pour cette autre aventure qui s’offre à moi) :
-Je ne saurais jamais à quoi ressemblerait un enfant de moi, un enfant de mon homme et moi.
J’aurais aimé savoir quelle type de beauté de la nature (car cet enfant aurait forcément été beau c’est sur et certain) nous étions
capables de concevoir.
Depuis que je suis avec mon homme j’ai souvent imaginé cet enfant, cet enfant de lui et moi. Et puis l’infertilité est arrivée dans
nos vies et je me rends bien compte que cet enfant n’était qu’un rêve.
-Je ne saurait peut être jamais ce que c’est que d’avoir à s’occuper d’un nourrisson, donner les 1ers bains, lui acheter ses premières layettes, acheter le landau et tous les accessoires pour bébé, réfléchir aux faire parts de naissance, pouponner, préparer des
biberons, etc, etc, etc
J’aimerais adopter un tout jeune bébé, mais je ne sais pas si ça sera possible, ce n’est pas toujours facile. Les procédures
d’adoption sont souvent tellement longues que l’enfant a du passer plusieurs mois à l’orphelinat (quand ce ne sont pas des années) avant d’être adopté. Il y a de moins en moins de jeunes enfants
à adopter, donc bon, on verra bien.
-J’aurait aimé être en congé parental, attendre patiemment (ou impatiemment) l’arrivée de bébé(s) , perdre les eaux, voir cette petite
chose arriver et me sentir fière.
-J’aurait aimé offrir le plus beau des cadeaux à mon homme.
-J’aurait aimé ne pas me sentir différente face aux autres, ne pas redouter ma réaction face aux autres annonces de grossesse, de pas
avoir peur que mon visage marque le dépit face au bonheur des jeunes parents, ne pas me sentir « conne » dans les conversations de filles qui tournent souvent autour de l’accouchement,
de la grossesse, de rééducation du périnée, de nourrices et du petit dernier qui grandit, qui fait pas ses nuits, qui est malade… Bref dans les conversations de jeunes parents.
Ne pas me sentir différente à Noel, dans les repas de familles, et dans les fêtes entre amis.
C’est aussi pour cela que l’adoption me rassure. C’est ma bouffée d’oxygène. Ce qui me donne encore le droit de rêver.
J’apprends encore aujourd’hui à refreiner mes rêveries de pouponnage.
Mais je rêve encore. Je rêve de cette rencontre.
Je sais que je serait fière de cet enfant, la plus fière des mamans, fière de l’emmener à l’école, fière de le présenter à mon
entourage, fière de le border le soir, fière de la voir jouer dans mon salon.
Je rêves encore d’avoir la chance de passer par les phases couches-biberons et body, car cela reste possible avec l’adoption.
Je sais que concernant ma fertilité les carottes ne sont pas encore complètement cuites.
Mais petit à petit , jour après jour je tournes ma tête vers ce nouvel horizon qui s’ouvre à nous.
NB : Une pensée pour ma pote Lilypop, actuellement partie chercher sa fille, son bébé.